Pour soprano et électronique

Durée : 9′

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Création : Le 29 septembre 1999 • IRCAM • Paris

  • Soprano : Elisabeth Baudry

L’idée de cette pièce est née à la suite de la trés forte émotion ressentie lors de la scène de Jeanne d’Arc au bûcher dans La passion de Jeanne d’Arc de C. T. Dreyer (1928).
En effet, ma pièce est en partie une méditation sur le regard serein, calme et intense de Jeanne d’Arc au moment d’être brûlée vive. Cette vision m’a conduit au Cantique des trois enfants ( Daniel 3) qui exprime avec sobriété et beauté l’état contemplatif de résistance intérieure face à la violence.
Anania Azaria et Misaël refusent de se prosterner face au veau d’or et le roi Nabuchodonosor décide de les brûler. Dans la fournaise les trois enfants chantent une louange au créateur et à sa création toute entière. J’ai composé librement le texte chanté par la soprano à partir de ce Cantique dans sa version latine. Certaines phrases et certains mots commencent sans se terminer ou se termineront ailleurs. Ce qui est dit au-dedans est au même plan que ce qui est dit au-dehors.
Le chant peut être méditatif, joyeux et même agité, il passe de l’un à l’autre au rythme de la pensée comme dans un monologue intérieur car dans la fournaise le chant ne s’adresse plus uniquement aux Hommes. La partie électronique est composée de sons de voix parlée, de cymbale, d’orgue et de synthèse par ordinateur.
Je vois dans ces sonorités une portée symbolique : la cymbale par son aspect rituel, l’orgue par son attachement à la musique religieuse, la synthèse par son éloignement de la nature, la voix par son lien étroit au son des origines, au premier cri de l’Homme. Je voulais confronter ce que je perçois comme originel (la voix, la cymbale) à ce que je perçois comme culturel (la synthèse sonore par ordinateur).
L’orgue joue dans cet optique un rôle intermédiaire en raison de la distance qui sépare l’interprète de la production du son. La voix contrôle la synthèse ainsi que le déclenchement des différents évènements et peut donc “interpréter” l’électronique. Le chant reste ainsi libre, sans dépendance aux éléments extérieurs, à l’image d’Anania Azaria et Misaël face à la fournaise.

Benedi
Glacies et
Beni
Benedi nives
Omnia opera
Lauda(ci)te
Eum in saecula
Sol et luna
Bestiae et pecora
Lux et tenebrae
Stellae coeli
Coeli Be(
Omnia quae moventur in aquis
Omnes volucres coe (Anania Azaria Misaël)li)
(Be) nedicite

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